CORTÉS (H.)

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CORTÉS (H.)
CORTÉS (H.)

Si HernĂĄn CortĂ©s est, depuis le XVIe siĂšcle, le plus cĂ©lĂšbre des conquistadores, ce n’est pas seulement par la grĂące d’un destin hors du commun: il doit aussi une fortune littĂ©raire exceptionnelle Ă  ses propres Ă©crits et Ă  la vogue des chroniqueurs et historiens de la conquĂȘte du Mexique: GĂłmara, DĂ­az del Castillo, Solis, Prescott. On a mĂȘme abusivement ajoutĂ© Ă  son personnage l’aurĂ©ole du hĂ©ros persĂ©cutĂ©; enfin, il reste au Mexique, depuis l’indĂ©pendance, l’objet de polĂ©miques passionnĂ©es et la figure la plus discutĂ©e de l’histoire nationale.

Un colon fortuné

HernĂĄn CortĂ©s est nĂ© Ă  MedellĂ­n, en EstrĂ©madure, d’une famille noble mais sans fortune. À l’universitĂ© de Salamanque, oĂč il passa deux ans, il prit quelque teinture d’humanitĂ©s, puis travailla chez un notaire de Valladolid. Peu enclin toutefois Ă  une carriĂšre sĂ©dentaire, il s’embarqua en 1504 pour les Indes, en quĂȘte d’aventures et de fortune. À Hispaniola (HaĂŻti), puis Ă  Cuba (1511), il prit part aux campagnes contre les Indiens insoumis et reçut une encomienda , c’est-Ă -dire le droit de faire travailler Ă  son profit un certain nombre d’indigĂšnes. Il Ă©tait aussi Ă©leveur de bĂ©tail et, Ă  l’occasion, notaire (escribano ). Il s’était mariĂ©, et la faveur de Diego VelĂĄzquez, gouverneur de Cuba, lui avait valu d’ĂȘtre nommĂ© officier municipal, ou alcalde , de la ville de Santiago del Puerto.

Cette vie paisible de colon fortunĂ© fut bouleversĂ©e par la dĂ©couverte du YucatĂĄn et du Mexique et par les perspectives de richesse qu’elle promettait. Les premiers voyages sur les cĂŽtes mexicaines (1517 et 1518) n’ayant pas donnĂ© de rĂ©sultats tangibles, Diego VelĂĄsquez prĂ©para une nouvelle expĂ©dition. Il en confia la direction Ă  CortĂ©s, dont il connaissait les qualitĂ©s d’initiative et de commandement. Mais le gouverneur entendait bien conserver la haute main sur l’entreprise: il s’agissait de prendre officiellement possession des terres reconnues et de se procurer de l’or par voie de troc (rescate ), mais nullement de fonder de nouvelles villes.

CortĂ©s prĂ©para activement l’expĂ©dition, dans laquelle il investit ses ressources personnelles. Il n’eut pas de peine Ă  recruter des associĂ©s: les difficultĂ©s Ă©conomiques des Antilles, provoquĂ©es par la disparition rapide de la population indigĂšne, stimulaient l’esprit d’aventure des colons espagnols. Le 18 fĂ©vrier 1519, CortĂ©s quittait Cuba, malgrĂ© les ordres de VelĂĄzquez, qui, tardivement alarmĂ© de l’ambition de son protĂ©gĂ©, voulait le relever de son commandement. Il avait avec lui 11 navires, une centaine de marins, 508 soldats, 16 chevaux, 14 canons et fauconneaux et une abondante pacotille.

La conquĂȘte du Mexique

AprĂšs 1519 la vie de CortĂ©s se confond avec l’histoire de la conquĂȘte du Mexique: il allait y manifester une habiletĂ© politique et des talents militaires hors de pair. Il imposa, dĂšs les premiers contacts avec les Mayas du YucatĂĄn, sa stratĂ©gie: nĂ©gocier avec les Indiens, s’interdire tout pillage et ne livrer combat que contraint. C’est lĂ  que sa bonne fortune lui fit rencontrer, parmi les captives que lui offrit un cacique, une Indienne de langue mexicaine, la cĂ©lĂšbre doña Marina, ou Malinche, qui devint sa maĂźtresse, son interprĂšte et sa conseillĂšre.

Mais c’est en dĂ©barquant sur les plages de Cempoala, le 21 avril 1519, que CortĂ©s donna aux Ă©vĂ©nements l’impulsion dĂ©cisive. Il y reçut les envoyĂ©s de MoctĂ©zuma, et se fit une idĂ©e plus exacte de la richesse et de la puissance de l’Empire aztĂšque. Il comprit aussi, en s’alliant avec le cacique totonaque du lieu, que les peuples tributaires, mal soumis, ne demandaient qu’à secouer le joug de Mexico TenochtitlĂĄn et dĂ©cida de s’appuyer sur eux pour entreprendre la conquĂȘte du pays tout entier. Enfin, il s’émancipa de la tutelle de VelĂĄzquez par une adroite manƓuvre: il inspira Ă  la majoritĂ© de ses hommes la dĂ©cision de fonder une citĂ©, la Villa Rica de la Vera Cruz, dont la municipalitĂ©, usant des privilĂšges traditionnels des villes de Castille, lui confĂ©ra le titre de capitaine gĂ©nĂ©ral et le droit de justice. Quoique fictive, cette fondation donnait Ă  sa rĂ©bellion un semblant de lĂ©galitĂ© et lui permettait de plaider sa cause devant la cour d’Espagne, oĂč il envoya aussitĂŽt des reprĂ©sentants dĂ»ment munis de riches prĂ©sents. Pour empĂȘcher la dĂ©sertion possible des partisans de VelĂĄzquez et montrer Ă  ses hommes qu’ils n’avaient de salut que dans la victoire, il fit, non pas brĂ»ler, comme le veut la lĂ©gende, mais dĂ©sarmer et saborder ses vaisseaux. Puis il entreprit de gagner le haut plateau mexicain et d’atteindre TenochtitlĂĄn: les efforts de MoctĂ©zuma pour l’en dissuader n’avaient fait que le fortifier dans son projet.

La suite des Ă©vĂ©nements est bien connue: CortĂ©s obtint l’alliance de la RĂ©publique de Tlaxcala, irrĂ©conciliable ennemie des AztĂšques, et, aprĂšs avoir fait massacrer de sang-froid la population de Cholula, dont il redoutait une attaque surprise il poursuivit sa marche: le 8 novembre 1519, il entrait Ă  Mexico. MoctĂ©zuma fit bon accueil Ă  ces hommes blancs et barbus venus de l’Orient, qu’il prenait pour les envoyĂ©s du dieu Quetzalcoatl, et contre lesquels toute rĂ©sistance lui paraissait impossible. CortĂ©s passa quelques jours Ă  admirer les merveilles de la citĂ©, bĂątie au milieu d’un lac; puis il agit avec sa rapiditĂ© accoutumĂ©e: il se saisit par traĂźtrise de la personne de l’empereur, et, par l’intermĂ©diaire de son prisonnier, commença Ă  agir en maĂźtre de tout le pays.

Diego VelĂĄzquez, cependant, ne renonçait pas Ă  ramener CortĂ©s Ă  l’obĂ©issance, et envoya contre Vera Cruz une forte expĂ©dition commandĂ©e par NarvĂĄez. CortĂ©s revient sur la cĂŽte Ă  marches forcĂ©es, dĂ©baucha la plupart des soldats de NarvĂĄez et captura leur chef: sa campagne avait Ă©tĂ© un modĂšle d’action psychologique (mai 1520). Mais, Ă  Mexico, les brutalitĂ©s de son lieutenant Alvarado avaient soulevĂ© le peuple: revenu en hĂąte dans la capitale, CortĂ©s s’y trouva assiĂ©gĂ©. MoctĂ©zuma lui-mĂȘme, qui tentait de s’interposer, fut lapidĂ© par ses sujets rĂ©voltĂ©s. CortĂ©s se rĂ©solut Ă  la retraite, qui tourna au dĂ©sastre sur les chaussĂ©es coupĂ©es de canaux (Noche triste du 30 juin 1520). Mais les Espagnols rescapĂ©s rĂ©sistĂšrent aux Indiens en rase campagne (Otumba, 7 juillet), et, fait dĂ©cisif, Tlaxcala, en leur restant fidĂšle, les sauva.

CortĂ©s reconstitua ses forces avec des aventuriers venus des Antilles et des auxiliaires indiens, et entreprit de conquĂ©rir mĂ©thodiquement les provinces centrales du Mexique. En mai 1521, il commença le siĂšge de la capitale, qu’il avait prĂ©alablement encerclĂ©e. Il lui fallut trois mois d’assauts rĂ©pĂ©tĂ©s pour la prendre de vive force. Sous la conduite de CuauhtĂ©moc, neveu de MoctĂ©zuma, les AztĂšques lui opposĂšrent une rĂ©sistance acharnĂ©e, que ne firent plier ni la famine ni les ravages de la petite vĂ©role. Quand la ville tomba enfin, le 13 aoĂ»t 1521, elle n’était plus qu’un monceau de ruines et de cadavres. Avec la chute de Mexico et la capture de CuauhtĂ©moc, toute rĂ©sistance organisĂ©e prit fin: de simples promenades militaires suffirent aux Espagnols pour soumettre, en 1522-1523, tout le sud et l’ouest du Mexique.

L’organisation d’un empire

CortĂ©s organisa aussitĂŽt ses conquĂȘtes: il fit rebĂątir Mexico et s’appuya pour gouverner le pays sur les autoritĂ©s indigĂšnes traditionnelles. Mais, en mĂȘme temps, il distribuait des encomiendas Ă  ses compagnons déçus par la modicitĂ© de leur part de butin, et se prĂ©occupait de l’évangĂ©lisation des Indiens. Il rĂ©ussit aussi Ă  se faire confirmer par Charles Quint dans ses fonctions de gouverneur de la Nouvelle-Espagne. Mais sa malheureuse expĂ©dition au Honduras contre un de ses lieutenants rĂ©voltĂ©s (1524-1526) – au cours de laquelle il fit exĂ©cuter CuauhtĂ©moc – laissa le champ libre Ă  ses ennemis. AprĂšs avoir rĂ©tabli l’ordre Ă  Mexico, il partit se justifier en Espagne: on l’accusait, entre autres mĂ©faits, du meurtre de sa femme et de l’empoisonnement de plusieurs envoyĂ©s royaux. Charles Quint devait cependant lui confĂ©rer le marquisat «del Valle de Oaxaca» et des droits seigneuriaux sur les plus riches provinces du Mexique; mais il ne lui laissa pas le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, confiĂ© Ă  une audiencia (1527), puis Ă  un vice-roi (1535).

De retour au Mexique en 1530, aprĂšs s’ĂȘtre alliĂ© par un nouveau mariage Ă  la grande noblesse espagnole, CortĂ©s se consacra, en homme d’affaires entreprenant et avisĂ©, Ă  l’exploitation de ses domaines: moulins Ă  sucre, Ă©levage, mines d’or et d’argent. Il fut moins heureux dans ses tentatives d’exploration du Pacifique: les escadres qu’il finança Ă  grands frais ne rĂ©ussirent pas Ă  Ă©tablir une liaison avec les Moluques. Du moins faut-il mettre Ă  son actif la dĂ©couverte de la pĂ©ninsule de Californie (1534-1535).

Les mauvaises relations de CortĂ©s avec le vice-roi et l’audiencia, et les multiples procĂšs dans lesquels il se trouvait engagĂ©, le dĂ©cidĂšrent Ă  retourner en Espagne (1540). Il y vĂ©cut en grand seigneur et prit part Ă  la malheureuse expĂ©dition de Charles Quint contre Alger. Mais la cour ne lui rendit pas le rĂŽle politique qu’il prĂ©tendait jouer au Mexique: de lĂ , peut-ĂȘtre, la lĂ©gende des persĂ©cutions et de la pauvretĂ© qui auraient marquĂ© ses derniĂšres annĂ©es. Il mourut Ă  Castilleja de la Cuesta, prĂšs de SĂ©ville, alors qu’il se prĂ©parait Ă  regagner la Nouvelle-Espagne: on y transporta ses restes, qui reposent toujours Ă  l’hĂŽpital de l’ImmaculĂ©e Conception de Notre-Dame (ou hĂŽpital de JĂ©sus), qu’il avait fondĂ© Ă  Mexico dĂšs 1525.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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